Stockholm et parcours Final
  

Stockholm et parcours Final

Stockholm, Suède le 21/07/2015

 
20 juillet
Saltaluotka-Boden-Stockholm

La pluie n'a pas cessé de toute la nuit et semble s'estomper ce matin. Levé à trois heure et demie, six degrés dans la tente et j'hésite à sortir de mon duvet bien au chaud. Mais il va falloir se contorsionner pour enjamber le sac devant la porte et aller quérir l'eau glacé du torrent. Auparavant, un peu de yoga de voyage, c'est à dire pas grand chose, car sous la tente. Sat-Krya pas possible Sahib ! Quelques mantras pour me recentrer et je fais chauffer l'eau du thé. J'ai mis hier trois heures trente et il me reste à peu près encore deux heures et demie pour rejoindre la station. Je plie les affaires, ré déplie la double toile qui ne rentre pas dans l'étui et repars sous la pluie qui reviens de plus belle. A peine sec, j'avoue que ça fonds le moral. J'ai un vent du Nord en plein dans le pif, augmenté par la configuration du plateau que j'ai à traverser pendant plus de deux heures. La fatigue est là mais j'avance d'un bon pas. Hier, la Sami qui m'a reconduit à Sitaujaure, pour se faire oublier de sa fourberie, me demande ce que je fais dans la vie. Puis elle me signale que trois ours rôdent dans les parages et qu'ils tuent beaucoup de Rennes. Tant mieux, c'est meilleur que mon mollet ! il ne manquerait plus que je me retrouve à nouveau ( voir l'ouvrage précédent, tome trois BWW sur le Yukon 2005) nez à nez avec un ours. Je ne m'arrête que très peu et finis frigorifié à la station après  deux heures trente de marche assez harassante. Je brûle mes dernières cartouches. Connaissant maintenant le lieu, je m'arrête là où j'étais logé pour y poser mes vêtements dégoulinants et file mettre à jour mes nouveaux projets. Reprendre le bateau navette, le bus pour Gallivare, et de là tenter le train pour Stockholm. Il règne une ambiance d'hiver ici : froid, vent , pluie et grisaille dressent le tableau idéal d'un hiver précoce chez nous. J'ai encore du mal à me réchauffer et tapote maladroitement sur ma tablette à la recherche de solutions. 
Arrivé à Gallivare, je trouve un train de nuit qui m'emmène directement à la capitale via Boden. Au moment où cette navette s'apprête à être à l'heure, on nous annonce que finalement on ira en bus ! Bon, et bien allons-y puisque l'humour Suédois c'est cela. 
Je remarque quand même auprès des locaux une mine assez patibulaire et peu souriante. La conductrice du bus m'attendait boitier à la main pour recevoir ma carte et pas de cash. C'est comme le bateau, au retour, les conditions changent. Et si je n'avais pas de carte ? Hein ! Et puis après mon paiement, d'un revers de la main, elle m'évacue vers le couloir. Après deux heures d'autobus, je monte dans ma voiture en route pour Stockholm. 
Ma voiture doit être affrétée pour les transports d'animaux : 4 chiens, deux chats ! Et il y a un chien qui pue. Ça promets le voyage. En plus de cela, un brave type, mais bruyant( et alcoolisé) va répondre au téléphone toutes les cinq minutes, ajouté à cela que tout le monde semble trouver normal de converser avec son mobile comme si on était dans son salon. C'est incroyable comme maintenant les gens sont scotchés sur leur portable. Ils ne regardent rien autour d'eux. Pas un ne va scruter le paysage, regarder les autres voyageurs ou simplement lire un bon bouquin. Non, c'est vraiment le mal du siècle. Même avec les deux fauteuils sur lesquels j'ai posé mes matelas plié et oreiller, je n'arrive pas à me contorsionner pour trouver ma bonne position de couchage. Je m'endormirai par intermittence jusqu'à quatre heures. A six heures, les prémices de la banlieue de Stockholm se font jour ( qui lui n'en finit pas d'ailleurs de tomber) et je sors de la gare une demie heure plus tard. Je laisse mon calvaire à la consigne et glâne quelques premiers renseignements sur la ville. Il y a une expo sur les Vikings au musée historique. Accompagné de mon plan, je découvre la ville qui se réveille doucement. Mêmes pas alertes de chacun vers son travail et bruissement croissant de la circulation. Je tourne autour d'un pâté de constructions pour atteindre mon but de visite. Encore fermé, j'attends dans un jardin public, allongé sur un banc, chaussettes enlevés et soulagement du pieds droit en élévation. Mon ampoule me gêne, en plein sur la plante du pieds. 
Visite très bien construite et dévoilant une créativité incroyable, tant du point de vue du travail de l'argent et des métaux, associés à des gravures inventives comme sur les Runes. Vie sauvage, âpre et rude. Nous avons inadaptés nos corps aujourd'hui à ces conditions d'existence, au bénéfice de l'allongement de notre vie, mais... .
J'ai repris depuis trois jours, la superbe relecture de Terre des Hommes, de Saint Exupéry. Voilà le témoignage d'une formidable humanité, simple, sincère et ô combien vraie. J'aurais aimé vivre cette camaraderie sans arrières pensées, ce silence de deux amis ( St Ex. Et Guillaumet) qui en dit plus long sur le respect et la compréhension de chacun que tous les mots du monde dit civilisé et bien pensant. Nos intellectuels feraient bien de relire ces lignes et d'en méditer leur portée essentielle. On devrait mettre ce livre dans tous les programmes des collèges. Et débattre, débattre, de cette humanité que nous avons perdue. Posez vos portables, regardez votre voisin, voisine, fille encore dans le jeune âge et qui rentrera gravement dans celui de femme. Notez comme les choses sont bien plus simples si on sait regarder. Le regard, le regard, disait le Petit Prince. On ne voit bien qu'avec...   .
Voici ce qui m'a ému hier soir au plus profond de moi même. Et mon partage avec vous :
" Ainsi va la vie. Nous nous sommes enrichis d'avord, nous avons planté penda,t des années, mais viennet les années où le temps défait ce travail et déboise. Les camarades , un à un, nous retire,t leurs ombres. Et à nos deuils se mêle désormais le regret secret de vieillir. 
Telle est la morale que Mermoz et d'autres nous ont enseignee. La grandeur d'un métier est peut-être , avant tout, d'unir des hommes : il n'est qu'un luxe véritable, et c'est celui des relations humaines. 
Antoine de Saint Exupéry
Terre des Hommes


 

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